Le programme « Azougui et la vallée de Teyart : archéologie, patrimoine, développement » marque un renouveau pour l’archéologie mauritanienne. Après des décennies d’inactivité – la dernière fouille d’ampleur dans le pays datant de 1981, ce projet quadriennal (2025-2028) entend explorer le site médiéval d’Azougui, niché dans la vallée oasienne de Teyart, au cœur du massif de l’Adrar.

Azougui, tell archéologique d’environ 10 hectares partiellement recouvert par le village moderne, est un site clé pour comprendre l’histoire urbaine et médiévale du Sahara mauritanien. Mentionné dès le XIe siècle dans les sources arabes comme une forteresse almoravide, il témoigne du commerce transsaharien, de l’islamisation et des dynamiques de peuplement berbéro-soudanien. Protégé par les reliefs gréseux et alimenté par un aquifère alluvial, le site bénéficie d’un environnement favorable à la préservation relative des vestiges malgré l’instabilité des sols sableux.

Dirigé par Chloé Capel (CNRS), Ahmed Maouloud Eida El-Hilal (Université de Nouakchott) et Etmane Essaid (IMRFPC), le programme repose sur une convention tripartite signée en novembre 2024 entre l’IMRFPC, l’Université de Nouakchott et l’équipe Islam médiéval de l’Unité Mixte de Recherche 8167 Orient & Méditerranée. Il est placé sous la tutelle du Ministère mauritanien de la Culture et bénéficie d’une autorisation de fouilles de quatre ans délivrée en décembre 2024.

Le projet s’articule autour de trois axes :

•  Archéologie : fouilles stratigraphiques adaptées aux conditions désertiques, avec un focus initial sur la qasba (structure moderne superposée à des occupations médiévales).

•  Patrimoine : protection in situ, valorisation architecturale et muséale (notamment à Azougui et Atar).

•  Développement : formation d’étudiants mauritaniens (chantier-école intégré à un futur Master en archéologie), médiation culturelle et retombées économiques locales via le tourisme patrimonial.

La campagne 2025 a été un succès : environ 180 m² fouillés dans la qasba ouest ont révélé un bâtiment massif (couloirs, baies, murs en pierre sèche), daté provisoirement des XVe-XVIIIe siècles, sur des occupations antérieures riches en foyers, cendres et maçonneries en briques crues. Les céramiques indiquent une production locale influencée par le sud saharien. Des méthodes innovantes pour les sols instables ont été validées, un inventaire patrimonial initié au musée d’Atar, et des protections (ré-enfouissement) mises en œuvre.

La campagne 2026 a démarré le 3 janvier dernier et prendra fin début février : cette seconde mission, mobilisant une quarantaine de participants dont de nombreux étudiants mauritaniens, poursuit l’exploration de la qasba pour préciser sa fonction et sa chronologie. Elle renforce le volet formation et prépare la valorisation patrimoniale à moyen terme.

La Fondation Vergnol, dans le cadre de sa vocation à soutenir les initiatives liées à la préservation du patrimoine culturel et historique mauritanien, participe financièrement à ces campagnes de fouilles archéologiques. Elle a contribué à la mission 2025 et renouvelle son engagement pour 2026 et les années suivantes, afin d’accompagner durablement ce projet .